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Critique: Yves

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Après avoir investi les sous-sols de l’Élysée et le monde des communicants dans le savoureux Gaz de France (2015), le Français Benoît Forgeard donne vie à un frigo ultra intelligent exauçant les vœux d’un jeune rappeur à travers cette comédie déjantée, présentée cette année à la Quinzaine des réalisateurs. Toujours absurde mais prenant un virage plus réflexif sur l’intelligence artificielle et la société digitalisée, Yves est aussi jouissif que perturbant.

Jérem (surprenant William Lebghil) enregistre son morceau de rap «Carrément rien à branler» dans le sous-sol de la maison vide de sa grand-mère. Un jour, So (truculente Doria Tillier), statisticienne pour la start-up Digital Cool, le contacte pour lui proposer d’essayer Yves, un nouveau frigo intelligent capable d’interagir avec le client pour lui offrir tout ce qu’il désire. Jérem n’est pas déçu du résultat: grâce à ses algorithmes, Yves fait de lui une star de YouTube… Avec cette rafraîchissante comédie portée par un héros cartoonesque, Benoît Forgeard s’amuse de notre culture digitalisée. Dans une mise en scène volontairement froide, le cinéaste insuffle sa fantaisie à travers d’hilarants textes de rap virilistes et une géniale parodie de l’esprit start-up incarné par le patron de Digital Cool, un gourou monomaniaque, symbole d’une société qui se prétend à l’écoute de ses salariés mais qui pousse sournoisement à la concurrence. Mais la vraie réussite du film, c’est qu’il déjoue nos attentes.

On croit d’abord assister à une variation contemporaine du pacte de Faust: en acceptant le deal, Jérem a vendu son âme à la diabolique intelligence artificielle, allant jusqu’à utiliser l’Auto-Tune, l’instrument, selon lui, des traîtres du vrai rap. Quand, frustré d’un succès trop facilement obtenu, il se sépare d’Yves, Forgeard esquisse l’idée d’une toute-puissance de la machine – partout où il va, Yves séduit (So, des juges, le jury de l’Eurovision). On sent alors poindre la dystopie robotique, l’amenuisement de l’humain face à l’intelligence artificielle. Or, Forgeard complexifie les choses, souligne l’automatisme des hommes emplis de tics, d’habitudes, tout en humanisant la machine. Au point que l’on se figure le corps d’Yves, que l’on imagine ses émotions (on pense à une scène de plan à trois avec Yves, étrangement sensuelle). Comme son héros faussement je-m’en-foutiste, Forgeard déguise sous un minimalisme apparent une impressionnante audace créative.

Yves de Benoît Forgeard, Le Pacte (1h47), sortie le 26 juin.
Copyright: Ecce Films

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