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Pétri  de références littéraires et cinématographiques, Julio Hernández Cordón signe une saisissante fable sur la violence de la société mexicaine, dans laquelle des enfants démunis luttent contre le règne des narcotrafiquants.

La jeune Huck vit dans une caravane avec son père, au milieu d’un Mexique apocalyptique et sauvage. Le terrain de baseball voisin, laissé à l’abandon, est régulièrement utilisé par des narcotrafiquants qui font régner une terreur nocturne et ont pour habitude de kidnapper les femmes et les petites filles. Dans cet environnement où les enfants cultivent l’art du camouflage, le père de Huck, junkie soumis à la domination des narcos, tente de protéger sa fille en l’affublant d’un masque qui la fait passer pour un garçon. Cette histoire de survie face à la violence prédatrice emprunte autant à la réalité sociale mexicaine qu’à l’atmosphère du conte.

Influencé par Peter Pan ou par La Nuit du chasseur (de Charles Laughton, 1956), le cinéaste livre une relecture féminisée des Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain pour mieux exprimer ses angoisses paternelles. On pense aussi aux Bêtes du Sud sauvage (de Benh Zeitlin, 2012) ou à Mud (de Jeff Nichols, 2013) devant ce récit picaresque d’une innocence brisée qui multiplie les figures mythologiques (le grand méchant loup prend ici les traits d’un criminel au look androgyne). Filmant la désolation tout en cherchant à insuffler des sentiments d’amour, Julio Hernández Cordón pousse un tragique cri du cœur et dépeint brillamment un monde en lambeaux dans lequel la meilleure manière de résister à la cruauté est d’inventer des formes ludiques, de croire au pouvoir du jeu et d’investir le champ de la fiction, ultimes voies d’accès à la lucidité, au salut et à la libération. 


: de Julio Hernández Cordón
Rezo Films (1 h 24)
Sortie le 20 mars