Coïncidence ? On ne pense pas. Presque 50 ans après mai 1968, un vent d’utopie planait sur le Centre Pompidou, à l’occasion du Cinéma du réel, le festival international du documentaire qui s’est tenu là-bas du 23 mars au 1er avril. Au gré des séances, on est allés à la rencontre de personnages idéalistes qui voguent vers une réalité alternative. Avec si peu de retenue que, parfois, ça déborde. Tour d’horizon du festival via trois films marquants.


Roman national de Grégoire Beil

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Le réalisateur s’infiltre dans la vie des très jeunes utilisateurs du réseau social Périscope. Il en tire un montage de vidéos selfie dans lequel on voit certains de ces utilisateurs mettre en scène leur quotidien léger, voire inintéressant (une ado se filmant en train d’écouter de la musique sur son ordi) ou plus grave (une séquence où un jeune, confortablement posé dans sa caisse, raconte comment il a découvert que ses parents l’ont adopté). Ces espaces, sortes d’agoras contemporaines trash, libèrent une parole qu’on entend peu : entre jugements d’internautes ultra sévères, voire borderline (des commentaires racistes lus par les « périscopeurs »), et comportements à côté de la plaque (lors des attentats de Nice, des jeunes galvanisés filment tout azimuts les mouvements de foule), on tient un témoignage cinématographique puissant, qui fusionne notre expérience de spectateur à celle des acteurs. La démocratie 2.0.

Fotbal Infinit de Corneliu Porumboiu

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Direction les paysages froids d’une petite ville de Roumanie dans le nouveau docu de Corneliu Porumboiu (Le Trésor, Métabolisme). Dans Fotbal Infinit, le cinéaste roumain suit un drôle d’hurluberlu, partagé entre son boulot rébarbatif de haut-fonctionnaire de préfecture et son obsession pour la découverte de nouvelles règles de foot qu’il a imaginées et dont il tente de faire la promotion auprès de toutes les oreilles attentives qu’il trouve. Jamais méchant, Porumboiu fait le portrait plein d’humour et de tendresse d’un homme qui, meurtri par une vieille blessure qui l’a empêché de pratiquer le foot, cherche une « surface de réparation » par une théorisation – parfois alambiquée – du sport. Carton plein.

The Green Fog d’Evan et Galen Johnson et Guy Maddin

Une idée originale a germé dans les esprits inventifs des frères Johnson et du cinéaste expérimental Guy Maddin (Des trous dans la tête) : créer un mash-up réunissant des tas d’extraits de séries et films hollywoodiens dont les intrigues se déroulent toutes à San Francisco, tout en suivant les grandes lignes de l’intrigue de Vertigo, signé Alfred Hitchcock. Jouant constamment sur un principe de digression – par exemple lorsque des dialogues anodins sont répétés machinalement sous la forme de mini-flashbacks -, le film, sorte de dystopie hypnotisante, porte en lui tout le mystère dont nous abreuve le cinéma de Maddin. Vertigineux.