Chris Marker était un précurseur. Un an avant les révoltes de Mai 68, dont on vient de célébrer les 50 ans, il posait sa caméra dans l’usine textile de Rhodiacéta, à Besançon, pour donner la parole aux ouvriers en grève. Après une projection durant laquelle ces derniers manifestèrent leur mécontentement, le cinéaste décida d’abandonner le projet au profit d’un autre: aider ces mêmes ouvriers à réaliser et à produire leurs propres films. Cette aventure collective est au cœur d’À bientôt, j’espère (1968), documentaire présenté, comme tous les films du réalisateur, à la Cinémathèque française dans le cadre de l’exposition «Chris Marker. Les 7 vies d’un cinéaste» – qui réunit photos, textes, vidéos et installations multimédias. À cette occasion, on s’est penchés sur le rapport de cet expérimentateur protéiforme aux mouvements de Mai 68 en compagnie de Christine Van Assche, commissaire de l’exposition, historienne de l’art et proche collaboratrice du cinéaste, qui commente pour nous une sélection d’affiches, de collages et de photographies.


Tract pour la projection d’À bientôt, j’espère, circa 1968

« On ne pense pas que cette affiche a été dessinée ou produite par Marker, mais elle annonce la présentation, à Besançon, du film À bientôt, j’espère. 1967-1968 ont été de très grandes années pour lui. Il faisait partie de la société collective SLON, devenue plus tard ISKRA. Plusieurs réalisateurs ont pu y proposer des films engagés qui étaient sans producteurs et, pour différentes raisons, censurés. »

2

Attribué à Chris Marker, Mai 68, 1968

«C’est l’une des plus belles photographies de Chris Marker. Elle a été prise pendant une manifestation de Mai 68. On y voit des voitures élevées en barricades rue Gay-Lussac. Il fait le portrait magnifique d’une passante qui ne semble pas du tout perturbée par ce qui se passe autour d’elle. C’est le contraste entre l’avant-plan et l’arrière-plan qui fait la qualité de cette image. »

3

Attribué à Chris Marker, Mai 68, 1968

«Dans les archives de Marker, on a retrouvé un certain nombre de photos de slogans inscrits sur les murs de Paris, qui montrent son intérêt pour le rapport du texte à l’image. On le retrouve dans ses photos, ses images de voyages et ses films, comme Cuba si (1961) et La Bataille des dix millions [coréalisé avec Valérie Mayoux en 1971, ndlr], tous deux tournés à Cuba. Marker est certes un cinéaste, mais c’est aussi un écrivain, un poète qui a toujours soigné les textes de ses films.»

7

Chris Marker, Collage Mexico, 1968

«Ce collage de Marker reprend des éléments des Jeux olympiques d’été [célébrés à Mexico au mois d’octobre 1968, ndlr] et de Mai 68. C’est la première fois qu’un pays du tiers-monde – comme on les appelait à l’époque –recevait les Jeux. Et, au même moment, il y a eu de violentes manifestations dans la capitale mexicaine. Nous remarquons donc le contraste entre une image de paix et une image de guerre réunies dans ce même collage.»

5

Attribué à Chris Marker, Mai 68, 1968

«Ces planches-contacts témoignent du nombre de photos prises par Chris Marker pendant les événements. Dans Grands soirs et petits matins (1968), William Klein le filme à son insu et on l’aperçoit avec ses appareils, un enregistreur de son et un appareil photo. Dans ses archives, on compte près de trente-cinq mille photographies. En fait, il en prenait en permanence.»

Chris Marker, Pourquoi l’audiovisuel ? Pour lutter, circa 1968

« Cette image, issue d’une série de collages réalisée par Chris Marker un peu après 1968, fait suite à ses expériences de production avec le monde ouvrier. On repère un certain humour et des slogans très politiques propres à l’esprit de Mai 68. En tout, il y a six collages. Tous commentent en quelque sorte les différents métiers
de la production audiovisuelle [la réalisation, le son, la diffusion et l’image, ndlr].»


«Chris Marker. Les 7 vies d’un cinéaste»
Jusqu’au 29 juillet à la Cinémathèque française