Revigoré par le succès en salles de l’intense 120 battements par minute de Robin Campillo, Chéries-Chéris, le festival du film gay, lesbien, bi, trans et ++++ de Paris est cette année plus combatif que jamais.


L’été dernier, le film de Campillo nous propulsait au début des années 1990, aux côtés de militants de l’association Act Up-Paris montés au front pour dénoncer la lâcheté des pouvoirs publics face à l’épidémie du sida. Pour Cyril Legann, président du festival Chéries-Chéris, rebondir sur cette réussite était une évidence. « Personne ne pouvait imaginer qu’aborder un sujet aussi effrayant que le sida ne rebuterait pas les spectateurs. Grâce à la très bonne réception du film, on a senti que quelque chose bougeait, que le procès en communautarisme qu’on nous intente parfois se déconstruisait : c’est la preuve qu’un film LGBTQI peut s’adresser au grand public, sans distinction. »

Pour préserver la forte dynamique enclenchée par 120 battements par minute, Didier Lestrade, journaliste, écrivainet cofondateur d’Act Up, est invité cette année comme membre du jury. Côté projections, le documentaire Zap de Vincent Martorana, qui filme les militants d’Act Up en pleine action éclair au cours de l’été 1995, sera montré en  Séance spéciale. En Compétition, un large panel de films s’offre aux spectateurs et au jury, entre grosses productions américaines (Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valerie Faris, avec Emma Stone et Steve Carell) et pépites plus intimistes (Mr Gay Syria d’Ayse Toprak). Des œuvres de réalisateurs connus (The Misandrists de Bruce LaBruce) côtoieront celles de nouveaux venus. « On est loin d’être dans une course au star-system, on veut que le festival profite à des artistes différents. Cette année, on présentera Seule la terre de Francis Lee, qui fût pour nous un vrai choc esthétique, émotionnel. Il y aura aussi Call Me by Your Name, le film de Luca Guadagnino, qui raconte l’histoire d’un garçon de 17 ans tombant amoureux d’un homme plus âgé. On reproche souvent aux films LGBTQI de valoriser des personnages tourmentés. Eh bien, ce film, par exemple, n’est absolument pas traversé par le tragique. »

Les amateurs de documentaires ne seront pas en reste : Queercore: How to Punk  a Revolution de Yony Leyser s’appuie sur l’éclairage de personnalités telles que John Waters ou Bruce LaBruce qui ont bien connu ce mouvement cyberpunk ; Le Jardin des étoiles de Pasquale Plastino et Stéphane Riethauser suit un croque-mort drag-queen berlinois tenant un salon de thé dans un cimetière. « La diversité, qu’elle se rapporte au genre, à l’économie des films, aux formats, est vraiment le maître-mot. On a des films très solidement produits comme des œuvres tissées avec trois bouts de ficelle à la maison », résume Cyril Legann. Pour pimenter le tout, des soirées à thèmes sont organisées (avec notamment des jeux), par exemple autour du film Lolita malgré moi de Mark Waters (2004). Un programme conçu dans un esprit aussi engagé que festif et donc logiquement inauguré par la piquante Béatrice Dalle, présente lors de la soirée d’ouverture.


du 14 au 21 novembre
au mk2 Beaubourg et au mk2 Quai de Loire