En direct de l’avenir, retour sur ce qui a assuré la survie et la pérennité des salles de cinéma jusqu’à ce jour.


L’annualisation de la Coupe du monde et la semestrialisation de l’Euro avaient multiplié par quarante-trois le nombre de matchs de foot diffusés chaque mois sur les réseaux. Vidés par cette concurrence, les cinémas trouvèrent leur salut dans les casques de réalité virtuelle. On avait retiré l’écran, superflu. Chaque spectateur portait une paire de grosses lunettes opaques dotées d’écouteurs grâce à laquelle il profitait du film. Il pouvait choisir la V.O. ou la VF, avec ou sans 3D. Tout le monde était content, même le cinéphile le plus exigeant, qui pouvait s’extasier sur ses 90 minutes passées dans le noir et dans un silence absolu alors que son casque était en fait débranché. Certaines expérimentations avaient excité les foules, comme celle qui consistait à décaler le visionnage du film de quelques minutes selon le placement dans la salle – le public du premier rang (les places les plus chères) regardait la fin des films vingt minutes avant celui du dernier rang. Il ne se privait malheureusement pas de spoiler à haute voix… La grande idée avait été de laisser le choix au spectateur entre le film et le match de foot du moment. Les membres d’une même famille partageaient ainsi un instant privilégié, se tombant dans les bras à la fin de la séance, casque contre casque, sous le coup d’une même émotion. Et peu importait que ce fut à cause d’une intense séance de tirs au but ou d’une histoire
d’amour à l’issue dévastatrice.