On a eu du nez tout au long de l'année : on a rencontré pas mal de jeunes talents qui sont aujourd'hui nommés au César du meilleur espoir masculin ou féminin. On vous remet ici les portraits de ces belles promesses.


Corentin Fila et Kacey Mottet Klein dans Quand on a 17 ans

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Le décalage entre Corentin Fila et son personnage dans Quand on a 17 ans est frappant. Âgé de 27 ans et d’une grande volubilité, il semble à l’opposé du jeune homme solitaire et mutique qu’il incarne dans le film. « Je ne suis pas si différent que ça de lui. Je pense que j’ai la même mélancolie, mais j’espère que je suis plus drôle ! » Né à Paris, il gagne sa vie en tant que mannequin pendant sa licence d’économie. En 2011, il assiste à une pièce de Peter Brook aux Bouffes-du-Nord : « Avant, pour moi, Molière, c’était des vieux de la Comédie-Française avec un violoncelle et un gros bide. Mais quand j’ai vu ces acteurs hyper puissants, j’ai su que c’était ça que je voulais faire. » Il intègre la Classe libre du cours Florent, puis décroche son premier rôle au cinéma dans le film de Téchiné. Il rêve à présent d’incarner des personnages qui ont « l’ennui sexy », comme ceux des films de Jim Jarmusch.

Tombé dans la marmite à 8 ans en tournant dans Home (2008) d’Ursula Meier, Kacey Mottet Klein, 17 ans a depuis fait du cinéma sa raison de vivre. Après avoir connu le feu des projecteurs avec L’Enfant d’en haut (2012) de la même réalisatrice, au côté de Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein a préféré arrêter l’école à 15 ans. « Les regards de mes camarades de classe, la jalousie… c’était pas facile. » Originaire de Suisse (« J’ai fait les quatre cents coups à Lausanne. »), il s’est depuis établi à Bruxelles pour « se concentrer à fond » sur son travail. Avant d’embrasser pour la première fois un garçon sur le plateau de Téchiné, il a incarné un ado rigolard confronté à la paternité dans Keeper de Guillaume Senez . Conscient que « tout peut s’arrêter du jour au lendemain », il se réjouit de bientôt retrouver Meier, sa « maman de cinéma » pour un projet encore secret. T.Z.

Oulaya Amamra dans Divines

Elle irradie dans Divines, premier long métrage de sa grande sœur Houda Benyamina, en ado mue par la rage de réussir. Si son abord est bien plus doux, Oulaya Amamra, 20 ans, partage avec son personnage un regard tour à tour rieur et intense et une fiévreuse ambition. Comme lui, elle a grandi en banlieue, à Viry-Châtillon. «On habite dans une cité, mais mes parents ne m’ont pas laissée traîner en bas. J’ai été dans un privé catholique, j’ai fait de la natation, de la danse classique et de la couture.» Si sa sœur l’a dirigée dans des courts métrages, Oulaya a dû batailler pour la convaincre de la choisir pour Divines: jugée «trop délicate», elle a creusé son «côté rugueux» en se mettant à la boxe, à la muscu et au parkour. Nouvelle recrue du Conservatoire, elle vise la Comédie-Française. «J’aime la rigueur du théâtre, qu’on ne puisse pas tricher» Rigueur et longueur de temps font plus que force ni que rage. T.Z.

Damien Bonnard dans Rester Vertical

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«Mon personnage a des tas d’horizons qui s’ouvrent à lui, il cherche la plus belle vague.» Tour à la fois drôle et inquiet, Damien Bonnard, 37 ans, incarne un cinéaste inconstant dans Rester Vertical. Lui aussi a pas mal papillonné. Originaire de Chalon-sur-Saône, il quitte l’école à 16 ans avant de faire les Beaux-Arts à Nîmes puis maçon, assistant d’artistes… Sans attache, il voyage : au Canada, il passe un an à pêcher… C’est en travaillant comme coursier pour des boîtes de production à Paris qu’il a l’idée de passer des castings. On a depuis croisé son air lunaire dans Mercuriales de Virgil Vernier, et on le verra bientôt brièvement dans Dunkirk, le nouveau Christopher Nolan mais surtout dans 9 doigts de F.J. Ossang, actuellement en tournage «On va tourner sur un cargo en pleine mer.» Qu’il soit sur un rafiot chez Ossang,  ou en barque chez Guiraudie, Damien Bonnard aime voguer au hasard pour découvrir de nouveaux territoires. Q.G.

Raph dans Ma Loute

«Raph, quand on prononce ce prénom vite et fort, c’est comme un aboiement. C’est pour cela que j’ai choisi de le porter. Il y a aussi le fait que cela puisse être autant pour Raphaël que Raphaëlla…» Voix assurée, visage doux, cheveux rasés, une aile tatouée sur l’avant-bras («un symbole de force») Raph, qui habite dans un village près de Béthune, dans le Pas-de-Calais, n’aime rien tant qu’à brouiller les frontières du genre «Je m’amuse de ça. Les gens peuvent me décrire comme ils veulent, je m’en fous.» C’est sur ce critère agencé que l’ado, qui fait du théâtre en amateur et s’apprête à passer son bac, a auditionné pour Ma Loute. «Bruno Dumont, dont j’avais beaucoup aimé P’tit Quinquin, cherchait un profil androgyne, donc le rôle était pour moi! Tantôt homme, tantôt femme, Billie séduit un peu tout le monde. Je suis un peu comme ça moi aussi» Dans cette tragi-comédie givrée, Billie ébauche une histoire d’amour avec Ma Loute, jeune pêcheur taciturne aux mœurs pas commodes. Raph apporte au personnage son air à la fois suave et frondeur. «C’est très étonnant parce que, pour le rôle, j’étais dans un état d’esprit trash et, finalement Billie dégage une certaine douceur» Seul regret par rapport au tournage: la contrainte d’avoir enlever tous ses piercings. Espiègle, Raph ajoute: «Mais j’en ai gardé un, tout le monde le verra à l’écran. » Q.G.