Derrière ce titre énigmatique se cache une œuvre poignante sur le poids d’un secret de famille. À partir du non-dit entourant la mort de sa sœur, l’acteur Éric Caravaca signe un documentaire lumineux.


Il y a toujours quelque chose d’émouvant dans le geste d’un comédien qui, en passant derrière la caméra, prend le pouvoir. Dans le cas d’Éric Caravaca, il s’agit surtout de prendre la parole. Troublé par l’absence de photos de sa sœur aînée, Christine, morte à l’âge de 3 ans, il décide un jour d’interroger ses parents afin d’éclaircir cet insoutenable mystère. On ne brise pas si aisément un tabou ancré si profondément. Sa mère, personnage infiniment romanesque, se mure dans le déni. « Quand vous posez des questions à des gens qui vous ont bien fait comprendre qu’il ne fallait pas faire ressurgir cette histoire, vous vous censurez vous-même », nous confie le réalisateur, qui cependant ne lâche pas le morceau, guidé par un objectif, « réhabiliter cette enfant ».

Au-delà des séquences d’interviews, d’une troublante intensité, le film est construit comme une enquête. Entre le visionnage de films en super 8 et la lecture de fiches Wikipédia, Caravaca se rend sur la tombe de Christine, dans le carré 35 du cimetière de Casablanca, au Maroc, le pays où ont grandi ses parents, à l’époque du protectorat français. Le film relie alors subtilement l’intime et le collectif : à l’intérieur d’une famille comme d’un peuple colonisé, on retrouve « les mêmes mécanismes de fabrication de trous de mémoire », note Caravaca. Comme s’il était nécessaire de se nourrir de fiction pour approcher une vérité indicible, le documentaire convoque d’autres formes d’expression artistique : la littérature (le film a été coécrit par le romancier Arnaud Cathrine, que Caravaca appelle son « frère de création ») ; la musique, avec une partition délicate de Florent Marchet ; la photographie… « Il faut de l’imaginaire pour mettre une sorte de filtre entre soi et la dureté du réel », juge le cinéaste, déjà sur le point de s’atteler à l’écriture d’une fiction qui, après Le Passager (son premier long métrage comme réalisateur en 2006) et Carré 35, bouclera une trilogie sur les fantômes.


d’Éric Caravaca
Pyramide (1 h 07)
Sortie le 1er novembre