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3 questions à Benoît Forgeard, réalisateur du décapant « Yves »

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Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes ce matin, le décalé Yves narre l’histoire pas banale de Jérem, jeune rappeur solitaire (surprenant William Lebghil) et pas très mature qui devient l’heureux propriétaire d’un frigo ultra intelligent (nommé Yves) conçu par une start-up pour assouvir tous ses désirs. Grâce à sa technologie, Yves parvient à faire de Jérem une machine à tubes. Mais l’expérience tourne vite à la battle homme vs. intelligence artificielle… On a voulu rencontrer Benoît Forgeard, réalisateur de ce petit bijou d’humour parfaitement connecté avec la modernité, pour lui poser quelques questions – qu’on n’espère  justement pas trop artificielles.

Jérem est fou de rap. Pourquoi avoir choisi ce milieu ?

Parce qu’il m’a permis de mettre l’accent sur le verbe, de m’amuser avec les paroles, d’apporter beaucoup de grossièreté et de cru dans le film. Je voulais le rendre très vivant, voire un peu gras, pour contrebalancer le côté techno, rigide du frigo.  Et puis chez les rappeurs, il y a un rapport particulier à la virilité. En préparant le film, j’en ai écouté pas mal, du type « Columbine », du rap de petits blancs de petits blancs qui viennent des Beaux-Arts. Leur musique est vraiment chouette, mais malgré le fait qu’ils soient plus intégrés dans la culture dominante, ils sont eux aussi dans cette obsession de la virilité. Un peu comme Jérem. Et confronter ce type de personnage à une machine qui peut le concurrencer sur le terrain de la séduction, ça avait pour moi un bon potentiel comique.

Est-ce qu’il y a des films sur l’intelligence artificielle qui vous ont inspiré ?

J’ai évidemment des références en tête : L’Homme bicentenaire de Chris Columbus, 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, Her de Spike Jonze… Mais avec Yves, j’ai essayé – humblement – d’introduire quelque chose d’un peu nouveau. Souvent, dans les fictions, on dénonce les déviances de l’intelligence artificielle. Personnellement, je ne considère pas que les machines soient nos ennemis, au contraire elles me fascinent. J’imagine juste que si demain on cohabite ensemble, ça ne sera pas forcément simple. La technologie a cette fâcheuse tendance à mettre le nez dans nos affaires, à nous aider à être meilleurs sans qu’on demande quoi que ce soit. C’est très difficile pour les humains de résister à cette tentation de l’analyse, de la prescription par un tiers.

Vous parvenez à donner corps à un frigo (et même à le sexualiser). Quelles astuces ou techniques de mise en scène avez-vous utilisé ?

Le frigo est un objet qui est en soi assez anthropomorphe. Il a une taille humaine puis deux portières qui sont comme des bras. Mais pour encore plus l’humaniser, j’ai pas mal travaillé sur l’aspect sonore. Le comédien qui prêtait sa voix à Yves était présent sur le tournage, dans une pièce juste à côté de celle où on tournait. Chaque prise était différente, il interagissait vraiment avec Jérem, ce qu’on n’aurait pas pu obtenir avec de simples enregistrements. Après, il fallait penser à la visualisation, essayer de faire quelque chose d’assez envoûtant. On a par exemple pas mal bossé sur la pyrotechnie pour dégager autour d’Yves une fumée. Ça donne l’illusion qu’il s’anime. Pour la scène d’amour [quand Yves, Jérem et So, incarnée par Doria Tillier, font un plan à trois, ndlr], j’aurais pu avoir une appréhension parce que je n’en fais jamais. Mais ça a curieusement été assez simple pour moi, plus simple qu’une scène d’amour entre un homme et une femme.

Crédit images : Ecce Films

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