Le temps d’un été en Italie, un adolescent découvre l’amour auprès d’un étudiant américain. Plus qu’un mélodrame gay, une somptueuse éducation sentimentale, une ode aux sensations, aux sentiments et à leurs souvenirs.


Libre adaptation du roman éponyme d’André Aciman (publié en français sous le titre Plus tard ou jamais), Call Me by Your Name est un curieux mélange. À la fois extrêmement sensuel et immédiat, le film est aussi très littéraire et sophistiqué. Dans une maison bourgeoise, une famille d’intellectuels tue le temps entre sieste, piscine et longues conversations sur la philosophie, l’archéologie ou la musique. On y parle anglais, italien, français et même un peu d’allemand, avec un tel mélange de préciosité et de désinvolture que l’on finit par sourire et s’attacher à ces personnages hors du monde (campés notamment par Amira Casar et Michael Stuhlbarg). Là, dans l’Italie des années 1980, on suit l’épiphanie amoureuse d’Elio, le fils, pour Oliver, l’étudiant américain venu en visite. Si tout commence par un jeu de séduction façon bravade virile, le film s’emballe très vite avec la passion très charnelle et spirituelle qui naît entre les deux hommes.

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Flirtant parfois avec l’esthétique homo-érotique (mini-shorts suggestifs, regards insistants), Luca Guadagnino (Amore, A Bigger Splash) réussit à restituer la sensation de la passion, le désir grandissant et l’impact profond qu’il peut laisser en nous, par une attention toute particulière aux corps de ses acteurs. Face à Armie Hammer, star américaine divinisée et littéralement érotisée par la caméra (notamment dans une somptueuse scène de danse), le nouveau venu Timothée Chalamet, tout en pudeur et désir débordant, impose sa présence à l’écran. L’alchimie entre les deux acteurs irrigue le film d’une tension permanente, entre désir et affrontement. Mais, au-delà de l’aspect édénique et purement sensoriel du film, c’est la mélancolie puissante de son dernier acte qui fait atteindre à Call Me by Your Name des sommets d’émotion. La dolce vita des sentiments laisse soudain place à une réflexion poignante sur le bonheur et la difficile nécessité d’apprendre à chérir son souvenir. Nimbée de lumière et de musique, cette odyssée amoureuse transcende, par sa beauté stupéfiante, la grâce et la tristesse du premier amour en une œuvre d’art universelle.


de Luca Guadagnino
Sony Pictures (2 h 13)
Sortie le 28 février