Reparti bredouille de Cannes, où beaucoup d’observateurs lui prédisaient pourtant la Palme d’or, Lee Chang-dong orchestre avec Burning un jeu de piste ambigu, entre chronique sentimentale et thriller.


Tout commence par un flirt entre le jeune Jongsu et la pétillante Haemi, anciens amis d’enfance qui se retrouvent, vingtenaires, à Séoul. L’amorce de romance est bientôt interrompue : la jeune fille doit se rendre en Afrique pour un voyage prévu de longue date. Sauf que, à son retour, Haemi n’est pas seule. Elle est accompagnée de Ben. Riche, mondain, sûr de lui, ce Gatsby coréen est l’exact opposé de Jongsu, apprenti écrivain taiseux et maladroit en charge de la ferme paternelle. Alors que l’équilibre vacillant de ce triangle amoureux s’élabore, dans un mélange de méfiance, d’euphorie et de rivalité, la tension sourd, pour brusquement se changer en angoisse lorsqu’un événement inattendu survient : telle une héroïne de Hitchcock ou d’Antonioni, Haemi disparaît. Cette absence fait basculer le film dans le thriller. Un thriller antispectaculaire, atmosphérique, superbement photographié, où tout semble se passer dans l’esprit à l’affût de Jongsu. Avec cette transposition en Corée du Sud d’une nouvelle de Haruki Murakami (Les Granges brûlées), le réalisateur de Poetry (2010) laisse ainsi le spectateur dans un état d’hésitation permanente sur ce qu’il perçoit. Car, après tout, le héros n’est-il pas romancier ?


: de Lee Chang-dong
Diaphana (2 h 28)
Sortie le 29 août