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Les Plages d’Agnès © Ciné-Tamaris

« Au printemps, tu verras, je serai de retour. Le printemps, c’est joli pour se parler d’amour. » On a songé à ces paroles de Barbara au Cimetière du Montparnasse, où se sont réunis ce 2 avril  amis, famille et admirateurs d’Agnès Varda pour rendre un dernier « hommage » (qu’on habille de guillemets car elle ne pouvait pas encadrer ce mot) à la cinéaste, disparue vendredi dernier. Sur la scène du chapiteau, ornée de fleurs et de paniers en osier remplis de patates en forme de cœur (sortes de talismans de la cinéaste depuis Les Glaneurs et la glaneuse), les membres du clan Varda se sont remémorés la « grand-mère de la Nouvelle Vague ».

Rosalie Varda-Demy, sa fille, s’est souvenue de l’atelier féerique de la rue Daguerre, dans lequel elle a grandi. Avant de raconter comment  « Agnès », sa « petite patate » comme elle l’appelle, s’est battue pour faire ses films et développer Ciné-Tamaris –  sa société de production qui fait vivre autant son œuvre que celle de Jacques Demy -, elle a raconté que, plutôt que de l’habiller pour aller à l’école, sa mère créait pour elle des costumes aux motifs beatniks doublés de soie. Mathieu Demy, lui, a voulu se rappeler l’optimisme têtu de sa « monu-maman » – contraction entre monument et maman  (« elle voyait toujours le verre à moitié plein, même quand il n’y avait pas de verre ») et son sens de l’autodérision. Par exemple quand elle s’est rendue en 2003 à la Biennale de Venise : « C’est quand même particulier de voir sa maman s’habiller en patate à Venise. »

Valentin et Corentin, deux des quatre petits-enfants de celle qui était surnommée «  Mamita Punk », ont aussi pris la parole. Le premier a rebondi sur l’anecdote de son oncle : « Si toi tu as trouvé ça particulier de la voir en patate, moi j’avais bien le seum de la voir poser avec Pharrell Williams. » Corentin, lui, a raconté une anecdote géniale : il y a dix ans, il s’est fait pincer par les flics ici même, au Cimetière du Montparnasse. Le motif ? Il avait peint des boules de potelets. Agnès, évidemment, était complice. Quand les flics sont arrivés pour choper le jeune truand, « Mamita Punk » a défendu son petit-fils en arguant que c’était une « installation » d’art contemporain. Une décennie plus tard, voilà les potelets reteints en rouge et blanc, clin d’œil à la bi-coloration légendaire de Varda.

Agnès Varda sera ainsi partie sur ces jolis mots, mais aussi en musique, de l’ouverture musicale épurée de Matthieu Chedid, qui a siffloté l’air de  « Sans toi » (titre phare de Cléo de 5 à 7) en pinçant délicatement les cordes de sa guitare à la conclusion rock de Yarol Poupaud, qui a repris « L.A. Woman » des Doors avec sa gratte à lui (en écho à la période américaine de Varda et à sa proximité avec Jim Morrison). C’est comme si Agnès, dans un bel élan,  était allée rejoindre Jacquot dans son music-hall enchanteur.