Contraints de quitter leur province du Yunnan pour travailler, ils sont des milliers de jeunes adultes à traverser la Chine d’ouest en est dans des wagons pleins à craquer, pour joindre leurs petites mains à celles des ouvriers de Húzhōu, cité prospère des environs de Shanghai.


Loin de la fresque misérabiliste à quoi l’exposait son sujet, Argent amer fait renouer Wang Bing avec l’histoire en marche de son pays, quinze ans après le sublime À l’Ouest des rails (2002, 2004 pour la sortie française). Outre les thèmes de la désindustrialisation déboussolée et du travail volatil, d’un film à l’autre, c’est surtout la pugnacité du projet qui sidère: ne rien montrer du décor, pour mieux saisir la Chine au miroir des hommes. C’est la force discrète d’une œuvre opiniâtrement humaniste, dans laquelle la simple présence  de protagonistes constitue déjà une prouesse, dans un monde prolétaire plus prompt à fondre les individualités dans la masse qu’à les distinguer. Il ne faut pas interpréter autrement les regards intrigués de ces travailleurs qui semblent se demander ce que la caméra peut bien leur trouver d’intéressant, à l’image de cet homme qu’un patron vient de renvoyer pour cause de lenteur, et que Wang Bing arrache de l’anonymat en le suivant sans relâche de l’instant où il rassemble ses affaires à son départ vers une autre usine, recueillant pour la première fois une parole condamnée à ne jamais être écoutée.


de Wang Bing
Les Acacias (2 h 36)
Sortie le 22 novembre