Plasticien, photographe et cinéaste (Nuit bleue, avec Cécile Cassel, sorti en salles en 2011 ; La Déraison du Louvre, court métrage tourné en 2006, avec Laetitia Casta déambulant dans les couloirs du musée), Ange Leccia a développé un dispositif expérimental (des plans identiques présentés en mosaïque défilent en boucle dans des timings différents) que l’on peut voir à l’œuvre dans certains des montages vidéo exposés jusqu’à mi-avril au centre des arts d’Enghien-les-Bains. Sans indication de date, de durée, de titre, l’exposition mêle les installations intrigantes (comme un carré de béton entourant une télévision ne diffusant que de la neige) et les montages de l’artiste corse, pour qui tout part du cinéma. « C’est face à la scène d’explosion de  Zabriskie Point  d’Antonioni que j’ai ressenti pour la première fois un choc. Depuis, je reste persuadé que le paroxysme de la créativité, c’est le cinéma. » Des influences palpables dans ces captures d’écran, commentées pour nous par l’artiste, qui fige quelques instants de ses microfilms aux boucles infinies. 


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La Mer, arrangement vidéo 4K, 2016
« J’ai fait ce montage après un voyage au Japon. Mes amis japonais m’emmenaient voir des cascades, des montagnes. 
J’ai vu leur visage béat. J’ai appris ensuite que, dans la civilisation shinto, la nature est déifiée. De retour en Corse, 
je me suis mis à filmer les vagues depuis un promontoire, puis j’ai tourné ma caméra de 90 degrés pour obtenir un champ vertical. Plus fondamentalement, ça remet en question la notion de frontière, avec la mer qui se réinvente sans cesse 
et devient presque immatérielle. »

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Marilyn, photographie, 2008
« J’avais trouvé cette photo de Marilyn Monroe et Arthur Miller, son mari de l’époque, intéressante – les visages se reflètent dans une porte en verre, ce qui peut donner l’impression d’une instabilité, un entre-deux, une non-définition –, d’où cette superposition floue, cette suspension avec l’image d’un avion planant au-dessus du couple, qui était alors sur le point de se séparer. À mon avis, ça dit quelque chose de la fragilité de l’actrice et ça augure, quelque part, son destin tragique. »

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Marissa soleils, 2016
« Ces images solaires ont été montées à partir d’un film Super 8. On y voit une jeune fille qui avale le soleil, en référence aux années hippies, époque de la libération des mœurs, et à leur obsession pour l’alliage entre art et nature. Ces séquences, mises bout à bout, résonnent avec l’esprit des films que je fais, et cet aspect sériel est assez représentatif de ma vision de l’art : j’aime voir une énergie retenue qui se libère d’un coup et qui échappe à la trame linéaire ou narrative. »

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La Déraison du Louvre, court métrage, 2006
« C’est une capture d’écran de mon film La Déraison du Louvre, avec Laetitia Casta en visiteuse nocturne. Avec ses traits, qui évoquent les modèles féminins des peintures de la Renaissance, elle se fond et fusionne avec les tableaux et va voir son visage se superposer aux œuvres qu’elle regarde. C’est un rapprochement physique, et par la suite charnel, qui s’opère : les tableaux du Louvre deviennent vivants et elle, qui traîne seule en pleine nuit, ressemble peu à peu à un tableau. »

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Poussière d’étoiles, arrangement vidéo, 2017
« Sur ce montage, on voit le musicien Jacno [moitié du duo Elli & Jacno, formé en 1980, ndlr]. Je l’ai connu à la fin des années 1970 et comme j’étais un des seuls à avoir une caméra, j’avais l’habitude de filmer les concerts de la new-wave française. Après la disparition de Jacno, j’ai réutilisé certaines images de celui que j’ai alors appelé Poussière d’étoiles . 
Pour moi, il est comme une étoile qui s’est volatilisée mais qui pourtant continue, d’une manière ou d’une autre, de briller. »


: « La Communauté des images » d’Ange Leccia,
jusqu’au 15 avril au centre des arts d’Enghien-les-Bains