Simon (Jérémie Rénier) est médecin dans un service de pneumologie. Lorsque sa mère est admise à l'hôpital et qu'il la sait condamnée, il est difficile pour lui de faire la part entre l'intime et le professionnel. Dans un récit tendu, David Roux incarne les questionnements actuels sur l'hôpital (économiques, éthiques...) avec nuance et émotion.


Avant L’Ordre des médecins, l’hôpital a été choisi comme cadre dans de nombreuses fictions ou documentaires cette année (la série Hippocrate, Première année ou encore De chaque instant.) A votre avis, pourquoi ce lieu travaille-t-il autant les cinéastes français aujourd’hui ?
Beaucoup de réalisateurs qui ont exploré cet univers ont, comme moi qui suis fils et frère de médecins, un lien direct avec lui : ils savent intimement à quel point tout ce qui se joue à l’hôpital touche notre humanité dans ce qu’elle a de plus vulnérable et de plus beau aussi. Ça en fait un sujet de cinéma incroyablement riche. Mais pourquoi est-ce que ce sujet trouve aujourd’hui un tel écho auprès du public, je ne saurais pas l’expliquer. C’est peut-être une fascination liée à la peur : on est tous à la fois très effrayé par l’hôpital, par la maladie, par la mort et en même temps très curieux de savoir ce qu’il s’y passe. Comme les enfants qui ont besoin d’histoires de monstres ou d’ogres avant de s’endormir. C’est une façon un peu paradoxale de se rassurer.

L’idée de la distance à garder entre médecins et patients, entre collègues également, est centrale dans votre film. Comment l’avez-vous traduite dans votre mise en scène ?
Cette distance est absolument nécessaire à tout médecin pour exercer son métier correctement, pour rester lucide et prendre les bonnes décisions. En même temps, on ne cesse jamais d’exiger des médecins qu’ils soient « plus humains ». Il y a là une contradiction fondamentale. C’est précisément ce dont le personnage de Simon fait l’expérience : face à la maladie de sa mère il perd toute distance, il redevient un homme, un fils. Le film s’ouvre sur un long plan fixe frontal où on le voit prendre d’une façon très quotidienne une décision très grave. Plus tard, vers la fin, Simon renoue un contact physique très intime, presque primitif, avec sa mère. Cette fois le plan est beaucoup plus ample, plus doux. Le mouvement du film est peut-être contenu entre ces deux plans : Simon abolit la distance qui le sépare des siens et de lui-même.

En tant que cinéaste, comment faire naître l’émotion dans un environnement aussi froid et clinique, alors que justement vos personnages tentent de l’éloigner, de la refouler pour se préserver?
Je crois que L’Ordre des médecins est plus encore un film sur la famille qu’un film sur l’hôpital : si l’émotion naît quelque part c’est peut-être là, dans ce resserrement autour de cette relation entre un fils médecin et sa mère malade. Ça passe par des gestes très quotidiens, des choses très simples, presque anodines mais qui, dans ces circonstances, se teintent de gravité et de nostalgie. Malgré leurs résistances, mes personnages se laissent tous toucher par cette onde de choc. J’espère que les spectateurs aussi. Mais je n’ai fait qu’ouvrir des espaces pour que chacun les investisse comme il le souhaite, avec ses propres sentiments, sa propre expérience de la maladie et du deuil.


de David Roux
(Pyramide, 1h33)
Sortie le 23 janvier