En direct de l’avenir, retour sur la naissance des conteurs de films.


Les disques durs crâniens se portaient comme des casquettes. Grace à eux, il suffisait de voir ou d’entendre une seule fois une information pour ne plus jamais l’oublier. Au début, l’effet sur la production cinématographique et la fréquentation en salles avait été tout relatif. Seule la disparition des remakes, susceptibles de rebuter le public par leur déjà-vu trop prononcé, était à déplorer. Par contre, aucun spectateur ne faisait la bêtise d’acheter la copie numérique d’un film adoré au cinéma, aucun réseau ne se risquait à reprendre une œuvre, de peur de réaliser une audience ou des ventes dérisoires. Progressivement, éditeurs et diffuseurs réduisaient leurs achats et leurs investissements. Et comme ils  étaient indispensables au financement des nouveautés, ces dernières se raréfiaient au fil des ans, à mesure que la mémoire faisait de moins en moins défaut au public… Trente ans après l’invention du disque dur crânien, seule une dizaine de longs métrages sortait chaque année en salles, et les jeunes spectateurs n’avaient plus aucun moyen de découvrir les films que leurs aïeux avaient en tête et pas ailleurs. Les exploitants inventèrent alors un nouveau type de séances, sans projection, mais avec des êtres-cinéma. Ces derniers avaient en eux le souvenir précis d’un film. Ils racontaient ce qu’ils avaient vu et entendu, et comme ils ne le faisaient jamais deux fois de la même manière, leurs auditeurs revenaient encore et encore. Les salles ne désemplirent plus jamais.