En direct de l’avenir, retour sur les communautés libertaires des derniers cinémas citadins.


La pression immobilière avait chassé les cinémas loin des grands centres urbains. Beaucoup d’exploitants profitaient de l’explosion du prix du mètre carré pour vendre leur terrain et jouir d’une retraite dorée. Les spectateurs des salles encore en activité en centre-ville payaient leur place l’équivalent d’un mois de loyer. Une somme considérable, avec une contrepartie : une fois le ticket acheté, on pouvait rester aussi longtemps qu’on le voulait. À mesure que les semaines passaient, le public garnissait les salles – parce qu’il n’avait pas les moyens de se loger autrement – et formait des communautés autogérées. On obstruait le projecteur quand on en avait assez du film, on faisait pousser des légumes, on faisait du télétravail, et le reste à l’avenant. Il n’y avait plus grand-chose sur l’écran, c’est vrai, mais beaucoup de rires, de solidarité entre les fauteuils. En France, de très vieux historiens contemplaient ces groupes en parlant de nouveau Larzac, mais on ne comprenait pas ce qu’ils voulaient dire par là. Au même moment, le Larzac n’avait rien à voir avec ça. Là-bas, les terrains ne valaient rien, alors les cinémas y avaient été reconstruits. Dans les salles, les fauteuils étaient plus larges encore que des canapés. Les spectateurs étaient tellement loin les uns des autres qu’ils avaient l’impression d’être seuls. Il faisait froid, ça résonnait. Non, vraiment, on ne voyait pas ce que la vie dans les cinémas de Paris avait en commun avec ce Larzac sans âme.