En direct de l’avenir, retour sur un progrès qui fit simultanément le bonheur des exploitants de salles de cinéma et celui des maïsiculteurs.


À force de qualifier les mauvais films de « navets » ou de « daubes », de parler de bon ou de mauvais goût, il fallut se rendre à l’évidence : le cinéma avait une saveur. Tout l’enjeu était de synthétiser celle-ci. Pour cela, les studios avaient embauché les meilleurs scientifiques, et tant pis si l’initiative portait préjudice à la lutte contre les maladies les plus graves. Ces chercheurs avaient mis au point l’équivalent d’un presse-agrumes : versez une copie du film à l’intérieur, appuyez sur le bouton et recueillez le jus. Il y avait des constantes qui n’échappaient pas aux clichés (le jus des westerns spaghettis avait bien le goût de spaghettis), mais, dans l’ensemble, les résultats étaient surprenants. Et les applications ne s’étaient pas fait attendre. Adieu les affiches publicitaires et les bandes-annonces, bonjour le popcorn aromatisé aux films. Les mensuels dédiés au cinéma avaient ressuscité sous forme de cornets contenant une centaine de friandises différentes ; une pour chaque long métrage dont la sortie était prévue dans les trente prochains jours. En les goûtant, on savait ainsi par avance si on allait aimer ou pas un film. Peu importe la prise de poids, peu importe que les spectateurs ne prennent pas la peine d’habituer leur palais aux nouveautés, préférant recracher ce dont ils n’avaient pas l’habitude : il n’y aurait plus jamais de déçus à la sortie des salles obscures.