En direct de l’avenir, retour sur le moment où le scénario redevint l’élément intouchable d’un film.


Cet été s’annonçait aussi excitant que les précédents. Qui de Spider-Man 46 ou d’Avengers 37 allait dominer le box-office ? Star Wars - 23 (le vingt-troisième prequel de l’Épisode I) serait-il meilleur que Star Wars + 55 (la cinquante-cinquième suite de l’Épisode VI) ? Et ce nouveau remake de Citizen Kane ? Mieux ou moins bien que les six autres sortis depuis janvier ? Jamais on n’avait connu une plus belle ébullition stylistique ! À force de ne produire que des suites ou de refaire les mêmes films, les histoires avaient perdu leur importance. On les connaissait par cœur. Seules comptaient, aux yeux des spectateurs, la manière, les variations, les nouvelles idées de mise en scène. Dégagé des contraintes dramatiques, le cinéma s’apprêtait à devenir une pure beauté abstraite en mouvement… jusqu’à la sortie d’une nouveauté de Noël, inattendue : l’histoire d’une amitié entre un très riche tétraplégique blanc, amateur de musique classique et d’art contemporain, et son assistant, noir et moins riche, à l’énergie communicative. Un succès énorme, terrible : redécouvrant les joies du drame et des surprises, le public retourna sa veste. Il redemanda des histoires. Et rien ne le fit changer d’avis, surtout pas les vieux rabat-joie répétant à qui voulait les entendre que nous étions amnésiques, que, sans le bug de 2021 qui avait effacé tous les films de 2011, cette prétendue nouveauté aurait elle aussi un air de déjà-vu.