En direct de l’avenir, retour sur les filtres qui permirent de dépoussiérer le cinéma.


Les vieux films avaient fait leur temps. Était vieux tout ce qui restait désespérément muet, en noir et blanc, ou pire, qui ignorait tout de la 5D et de son slogan « quand ça éternue à l’écran, c’est toute la salle qui s’enrhume ! » Cela faisait beaucoup de films, dont on ne savait plus quoi faire… jusqu’à l’arrivée des filtres. Pas d’inventeur à proprement parler, simplement un déplacement de technologie : avec son mobile, le spectateur pouvait désormais ajouter des oreilles de lapin ou de grands yeux de biche aux acteurs à l’écran, exactement comme il le faisait avec les photos de ses amis. Sous les yeux éblouis du public, Jean Gabin et Michèle Morgan pouvaient enfin s’embrasser de la seule manière convenable : lui, avec du rose aux joues, des pupilles dilatées et de longs cils qui le rendaient kawaii ; elle, avec une corne sur le front, des cœurs rouges et des dauphins bleus qui lui sortaient des yeux. Ou l’inverse, en fonction des séances. Insensibles à tant d’inventivité, quelques hurluberlus s’indignèrent, mais finirent par s’incliner devant l’évidence, le chef-d’œuvre. Au prix d’un Face Swap de génie, L’Arrivée du train en gare de La Ciotat était devenu L’Arrivée de la gare de La Ciotat en train. Transformé en science-fiction ultra spectaculaire, le film des frères Lumière montrait tout un quai se soulever de terre avec sa foule, tracté par une locomotive. Le tout sur fond d’arc-en-ciel. Pour notre plus grand bonheur, cette nouvelle version fut commercialisée et resta en tête des ventes durant sept heures, un record jamais égalé depuis.