En direct de l’avenir, retour sur ce basculement d’interrupteur qui améliora la vie des spectateurs.


Le temps était venu de faire quelque chose. On ne pouvait plus arriver en retard à sa séance sans s’entraver dans les jambes des spectateurs déjà assis. Pour les plus malheureux, qui avaient réservé un fauteuil précis et qui le trouvaient occupé, s’en suivaient d’ailleurs des discussions animées, parfois des violences, sans que jamais personne n’arrive à cogner correctement le visage de l’autre, faute d’y voir quelque chose. Et que dire de nos tablettes, appareils dont il fallait pousser au maximum la luminosité – adieu batterie ! – simplement pour twitter confortablement pendant la projection ? de ces friandises dont il fallait défaire l’emballage bruyamment sans savoir s’il s’agissait d’une barre chocolatée ou d’un sandwich ? Quel soulagement quand la décision fut prise de laisser les lumières allumées dans toutes les salles de cinéma, à chaque séance ! On pouvait enfin regarder le film avec classe, ses lunettes de soleil sur le nez, ou se lever, sortir, entrer, ressortir, entrer de nouveau, encore et encore, sans tâtonner, sans s’excuser de déranger. Plus besoin de s’éclairer avec son smartphone pour lire tranquillement son magazine devant le film ; plus d’erreur entre la mayonnaise et le ketchup quand on trempait ses frites : le bonheur était partout ! Davantage encore dans les salles équipées de fours micro-ondes qui permettaient aux spectateurs de réchauffer leur popcorn et leurs hamburgers à tout moment. Dans cette lumière divine, le tintement régulier de leur minuterie était devenu la plus douce des musiques.